Programmation 2007-2008
2007-2008
Du 21 FÉVRIER AU 29 MARS 2008 En galerie
BLAISE CARRIER-CHOUINARD
ÉRIC CARDINAL
Salle 1
BLAISE CARRIER-CHOUINARD
Léthé

Pour présenter Léthé, imposante installation composée de décors, et de nombreux personnages empruntés au musée de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, Blaise Carrier-Chouinard prend littéralement d'assaut l'espace de Clark. On a affaire à ce qui semble une grande fresque historique, épique et souffrante où se débattent les grands thèmes et enjeux de l'histoire de l'humanité, mais sans qu'en soit faite l'interprétation. C'est, si on veut, l'index d'une histoire « bâtardisée » et distordue par celui qui l'a écrite, une fresque brodée d'anachronismes et à l'hétérogénéité débordante, à mi-chemin entre une scène du film Body Snatchers d'Abel Ferrara et un épisode colonial se déroulant près d'une rivière de drave en Nouvelle-France.

L'artiste s'intéresse davantage à la représentation, à la « singularisation des mythes fondateurs », qu'aux choses elles-mêmes. Ses saynètes historiques sont présentées comme l'auraient dicté les traditions muséologiques d'institutions telles qu'un musée d'histoire naturelle ou un quelconque musée thématique. Ici le soin apporté aux détails de certains costumes historiques, ou à ces têtes minutieusement confectionnées par l'artiste reposant sur des mannequins abîmés par le temps, se bute au côté bric-à-brac du papier mâché et des formes qui gisent çà et là, comme ces intrigants fœtus de polymère accrochés sous la structure qui porte la rivière et ses draveurs. Léthé, un des cinq fleuves des enfers, est aussi le fleuve de l'Oubli, cours d'eau où les morts allaient s'abreuver pour y perdre la mémoire, voire leur identité et retourner sur terre façonner l'Histoire. Cet étrange collage défie l'entreprise de définition de la mémoire collective dans laquelle s'est engagé l'homme en écrivant l'Histoire, en trouvant un sens à ses incongruités, à ses allers-retours et à la lecture subjective qu'on en fait.

YP

Léthé est le second volet d'une série de cinq projets (pour autant de fleuves infernaux) et fait suite à l'exposition Styx, présenté en 2006 à l'Œil de poisson à Québec.


L'artiste a bénéficié du programme de résidence CLARK

L'artiste tient à remercier l'atelier Clark, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Sancutuaire Sainte-Anne-de-Beaupré.


Photo : B.C.C.

Salle 2
ÉRIC CARDINAL
Amas, fatras, îlots

Cure-dents, sacs de papier, laine d'acier, ruban adhésif, chaises, meubles d'appoint, retailles de carton, attaches autobloquantes et autant d'autres objets trouvés, disponibles, ou simplement laissés pour compte sur le sol de l'atelier, font image dans le travail d'Éric Cardinal. Ils sont attachés, collés, plâtrés, aboutés pour que dans leurs formes nouvelles ces objets « tentent d'exister ». Les éléments qui composent ces sculptures sont pour la plupart jetables, remplaçables et on ne cherche pas ici à les récupérer. Ils font sens dans leur amalgame, leur quantité, dans le poids de leur consommation démesurée et de leur transformation parfois minimale. Ils sont, dit l'artiste, « consomptibles et fongibles, donc éphémères et infinis ». Ces objets évoquent et ne cherchent pas à montrer, ou encore à critiquer. Ils sont à comprendre dans la rencontre de leurs formes et font appel à la logique interne de l'ensemble pour générer de micro-situations esthétiques.

Cardinal s'intéresse particulièrement au potentiel formel de ces objets et de la matière qui les compose, et ce, sans hiérarchie de valeur. Dans l'espace, des dizaines de sculptures accumulées, mises en ensemble, forment des sortes de masses organiques où les amas de matières s'accidentent et s'interpénètrent, font place à des structures protéiformes et carnivores qui semblent pousser çà et là et se contaminer, sinon se décomposer. Les hybridations d'Éric Cardinal sont à voir une à une. Elles se présentent comme une botanique bricolée et précaire à la taxinomie ardue, voire impossible. Elles sont à comprendre dans leurs disjonctions, pour leurs propriétés plastiques et dans leurs ruptures formelles, comme on pourrait le faire en se consacrant à l'étude d'un jardin rarissime et de ses obscures espèces.

YP

L'artiste tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec.

Photo : E.C.