Le regard que pose Karen Trask sur les notions dabsence et de vide défie la charge théorique de ces concepts hautement référentiels. Dans un vocabulaire épuré, au sein duquel la couleur blanche a une indéniable portée symbolique, lartiste aborde le passage du temps et investit la question de lexistence dans la durée. Si lécriture a toujours été centrale dans la pratique de Trask, Histoires de lumières en propose une extension vidéographique exigeant du spectateur une lecture à la fois réflexive et contemplative.

Réalisée lors dune résidence de recherche à Paris, une première vidéo projetée en coin de mur dans la salle dexposition présente des ombres en mouvement, filmés dans une chambre à proximité de la Seine. Le caractère fuyant et fragmenté de ces ombres ne laisse en rien deviner quil sagit de la captation nocturne du jeu de lumière produit par les bateaux-mouches qui parcourent le célèbre cours deau. Entre ces images troubles, apparaît régulièrement une silhouette anonyme, debout près de la fenêtre. Ces apparitions obscures, intangibles, combinées au rythme circulaire du montage et de la bande sonore, ont pour effet ramener en surface le thème central de linstallation : le rien. Ce mot, multiplié et découpé dans une pièce de fin papier blanc, figure au mur adjacent comme un rappel silencieux, presque transparent, de ce dont il est réellement question. Comme le souligne lartiste : « Pour explorer le rien, il faut des moyens "presque-rien" ». Cest également en ce sens que la capture de la lumière évanescente renvoie à une présence dont le caractère éphémère conduit inéluctablement à lidée dabsence. Permettant dobserver le lent passage dun rayon de soleil sur une paume de main immobile, la dernière pièce vidéographique nous suggère, avec une poésie mesurée, une forme de causalité entre la lumière, la durée et leffacement. Prise dans son ensemble, linstallation de Trask évite les détours et appelle une philosophie du présent.
AS
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Pour plus d'information : www.karentrask.com
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