Programmation 2013-2014
Du 16 janvier au 22 février

 
 Caroline Cloutier | Vertige

L’effet d’instabilité et d’étrangeté qui se dégage des objets cinétiques créés par Labrecque trouve un écho sur un tout autre registre dans l’installation Vertige, de l’artiste Caroline Cloutier. C’est à partir de l’espace même dans lequel s’inscrit le corps du spectateur que l’œuvre de Cloutier provoque une sensation d’instabilité et de désorientation. En entrant dans la petite salle de CLARK, le visiteur se trouve confronté à un espace apparemment vide, mais qui semble avoir subi une étonnante expansion tout en demeurant égal à lui-même. Des trompe-l’œil, qui simulent et prolongent l’espace, sont disposés à des endroits stratégiques à même les quatre murs de la salle. Composée de sept bandes de vinyle autocollant simulant photographiquement un dégradé de lumière sur une cimaise blanche et de quatorze miroirs installés par paires à la jonction de chaque bande avec le plancher et le plafond, l’installation transforme le volume architectural du lieu au moyen d’une illusion d’optique. La salle d’exposition est ainsi démultipliée par sept corridors perpendiculaires dont on ne peut repérer l’issue. Comme on doit se déplacer pour trouver le bon angle pour chaque corridor, et puisqu’il est impossible d’embrasser le tout d’un seul coup d’œil, la perception de l’espace est susceptible de devenir instable et vertigineuse. Avec ses passages fictifs mais vraisemblables, Vertige met le cube blanc en abyme en jouant sur les propriétés mêmes de ce lieu surcodé. La fonction réfléchissante inhérente à l’image spéculaire et photographique est ici inversée pour en faire le vecteur d’un éclatement de l’espace, qui n’est plus l’objet d’une réflexion ou d’une représentation. Cloutier déplie l’espace selon des codes minimalistes pour le replier dans un prolongement optique ; une opération qui n’est pas étrangère à l’esthétique baroque dans laquelle des plis et replis font déborder l’espace matériel dans des cavités illusoires d’une étendue incommensurable. C’est aussi dans cette perspective que l’installation Vertige constitue une sorte d’hétérotopie : un espace autre qui, tout en renvoyant à la présence réelle du lieu, le rend du même coup irréel en l’ouvrant sur des passages fuyants où l’imaginaire est appelé à déambuler dans un ailleurs sept fois multiplié.

Bernard Schütze

Le second volet du projet Vertige sera simultanément présentée à la Galerie Nicolas Robert du 1er février au 1er mars 2014, au 372 Sainte-Catherine O., espace 524 (Montréal). Les photomontages de l’exposition Vertige : les miroirs, poursuit la réflexion de Cloutier sur la mise en abîme photographique en dialogue avec l’installation présentée chezCLARK.

Caroline Cloutier tient à remercier le CALQ, le Centre Sagamie, Circa, Nicolas Robert, Lisa Charpentier et Louise Viger.

Sagamie